Dire au revoir…

Aujourd’hui je vous parle d’un sujet qui me touche de plein fouet, le deuil, dire au revoir à quelqu’un.
C’est aussi un sujet tabou dans notre société, parler de la mort, du deuil mais justement c’est une épreuve tellement dure à surmonter que souvent le silence vous plonge dans un profond mal être.
J’ai perdu « quelqu’un » en avril, j’ai l’impression encore aujourd’hui que cette histoire n’est pas la mienne, pas celle de ma famille, que ça n’est pas à nous que cela arrive. Pourtant ça me fait terriblement mal de penser à lui, vous me direz que 5 mois c’est tôt et que le deuil n’est pas fait, j’en ai conscience.
Cependant je sens cette douleur s’amplifier avec le temps et pas diminuer comme on m’a dit que ça allait se passer.
Il est présent tous les jours dans mon cœur, dans ma tête, je le vois partout même dans de toutes petites choses, j’entends son prénom.

 

Les premiers jours qui ont suivi le décès (mon dieu j’ai eu tellement de mal à dire ce mot) j’étais submergée, en famille je réalisais pas vraiment ce qui nous arrivait, le monde qui vient vous voir, les préparatifs de l’enterrement tout s’est enchaîné. On était tous ensemble comme un rempart à cette réalité et ce malheur.
Et puis il a fallu rentrer chez nous, reprendre le boulot, le quotidien (ça veut dire quoi tout ça d’ailleurs ?), continuer à vivre…
Aussi parce que la dernière fois qu’on était chez nous on a appris cette nouvelle, le retour à la maison m’angoissait. Je me posais plein de questions sur le retour chez nous, comment on fait après tout ça pour continuer notre vie ?
On fait comme s’il n’y avait rien, on pleure, on crie ? Dîtes-moi comment je dois faire pour vivre avec ce chagrin.
Impossible pour moi de garder la face devant les clients, le premier jour je me suis effondrée, parce que le quotidien n’a plus vraiment de sens quand on perd quelqu’un qui ne devait pas partir. Parce qu’à la simple question :  » Comment vas-tu ? » je ne savais pas quoi répondre, physiquement je suis bien mais à l’intérieur c’est le chaos.

Et puis les questions se sont enchaînées et elles tournent en permanence dans ma tête :
Pourquoi lui ?
Comment ça a pu arriver ?
Est-ce qu’il a souffert ?
Comment on vit après ce décès ?
Est-ce qu’on aura de nouveau des souvenirs joyeux ?
Est-ce que je vais l’oublier ? Oublier son visage et le son de sa voix ?
Mais y a pas de réponse et c’est ça le pire.
Je voudrais savoir qu’il est en paix et qu’il savait à quel point il comptait pour nous, je voudrais qu’il puisse nous voir et nous aider à avancer, je voudrais lui dire tellement de choses.
J’ai cette impression que c’est une histoire que l’on nous a racontée mais que ce n’est pas la notre, que ça ne peut pas nous arriver à nous et que c’est une injustice.

Parfois (souvent en fait) je rêve de lui; il est là tout près de moi, il me dit qu’il va bien, il me rassure et me console; mais le réveil me rappelle à l’ordre.

 

Le pire dans le deuil c’est de rester là, de voir les dégâts et d’être impuissant parce qu’on a pas la solution à apporter pour ce genre de chagrin, il faut être là c’est tout.
On vous dit pleins de choses sur le deuil, comment le gérer, comment en parler, y a des étapes blablabla mais ce chemin est très personnel. On ne vit pas tous le deuil de la même façon et c’est très dur d’aider quelqu’un à traverser ça. Je sais que les gens essayent de trouver des mots positifs mais c’est trop tôt, je ne veux pas entendre qu’on va avancer et que ça ira mieux, parce qu’il ne sera plus jamais là et que sans lui rien n’est pareil.
Pour ma part ça me paraît plus dur avec le temps qui passe, j’arrive à regarder ses photos mais pas à réaliser qu’il n’est plus là, je l’espère passer la porte de la maison, le voir sourire, remettre ses cheveux en place, chanter comme il en avait l’habitude.
Je ne peux pas entendre certaines chansons tellement elles me submergent et elles me le rappellent.

J’ai aussi très peur de l’oublier et des conséquences de cet oubli. Est-ce qu’oublier ça veut dire que cette situation est moins grave et acceptable ? Est-ce qu’oublier c’est être moins triste ?
Pour moi oublier ça veut dire que je le laisse partir et ça n’est pas possible, pas encore.
J’ai peur qu’on ne parle plus de lui et que petit à petit il disparaisse vraiment, qu’il ne soit plus qu’un visage sur des photos. Je redoute Noël, son anniversaire, tous les 23 du mois et même encore les dimanches matins.

 

J’ai vu partir quelqu’un qui n’avait pas l’âge pour partir, qui avait une très belle vie devant lui, j’ai vu ma famille déchirée par ce drame et je pense à eux aussi tous les jours, à ses parents qui ont vu partir leur fils (comment on peut supporter ça ?).
Ce 23 avril a tout changé alors on se soutient, on a parfois pas de mots mais savoir qu’on est là les uns pour les autres c’est déjà pas mal. Oui on va continuer à vivre parce que lui il en profitait de la vie et puis on doit avancer, on va être heureux, rire et s’amuser et un jour je serais apaisée, je l’espère.

J’ai perdu quelqu’un qui me faisait rire, quelqu’un de généreux, quelqu’un qui ne jugeait pas les autres, quelqu’un qui était aimé de tous, quelqu’un de beau, quelqu’un qui illuminait la pièce par sa joie de vivre
En fait j’ai pas perdu « quelqu’un » j’ai perdu mon petit frère moi qui n’en avais pas et rien ne pourra remplacer ce vide.

 

Pour l’instant je ne lui dis que Salut et pas au revoir
parce que je ne suis pas prête pour ce départ.

A voir également

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *